Les paroles de Victor brisèrent le silence qui régnait aux oreilles d’Alina. Un instant, elle eut du mal à croire ce qu’elle avait entendu.
— Victor… qu’est-ce que tu racontes…
— Trois, c’est trop. Je ne peux pas en garder autant. Tu te rends compte du prix à payer ? Laissons-en un, gardons-en deux. Je suis sérieux.

Alina serra contre elle les petits bébés couchés près d’elle. Trois petits visages : vulnérables, doux, identiques. Ses enfants. Son cœur.
— Victor, ils sont déjà nés, — sa voix tremblait, mais elle se força à rester forte. — Ils sont tous à nous.
— Tu ne comprends rien, — rétorqua-t-elle brusquement. — Je n’avais jamais imaginé ma vie comme ça.
Victor partit en claquant la porte. Alina resta silencieuse, avec ses trois nouveau-nés qui ne dépendaient que d’elle.
Ce soir-là, la mère de Victor l’appela. D’une voix grave et sèche, elle dit :
— Victor fait le bon choix. C’est impossible d’élever trois enfants. Sois réaliste.
À cet instant, Alina comprit. La réalité, c’est qu’elle était seule. Mais pas seule, avec ses trois petits miracles.
Elle les regarda en tenant la main du plus jeune.
— Mes enfants… Je ne vous donnerai nulle part. À personne. Jamais.
Cette nuit-là, elle prit sa décision. Sans Victor, sans sa froideur et ses calculs.
Quelques jours plus tard, Victor revint. Dans ses yeux, ni douleur ni joie.
— Je te le dis pour la dernière fois. Je ne gâcherai pas ma vie. Soit tu choisis, soit je m’en vais.
Alina le regarda longuement. L’homme qu’elle avait toujours aimé.
L’homme pour qui elle était prête à tout sacrifier.
— Va-t’en, Victor.
— Quoi ?
— Si tes trois enfants sont un fardeau pour toi, je n’ai pas besoin de toi.
Victor partit. Et ce jour-là, pour la première fois, Alina sentit que sa vie ne s’écroulait pas, mais que quelque chose qui aurait dû se terminer depuis longtemps prenait fin.
Il reçut des aides sociales, des voisins du village vinrent l’aider, puis on lui proposa un emploi pour monter une petite entreprise à domicile. La vie reprit peu à peu son cours.
Et chaque fois qu’il s’asseyait près des trois petits lits, un seul sentiment l’envahissait :
« J’ai fait le bon choix. »
Car parfois, la famille, ce ne sont pas ceux qui ont promis de vous aimer.
Arevyan, ce sont ceux qui sont déjà liés à vous par la loi de la nature :
trois petits cœurs qui l’ont choisi.