Margarita rentra chez elle après une longue journée de travail.
À peine la porte ouverte, elle remarqua immédiatement une paire de chaussures près de l’entrée.
Elle les connaissait.
Elle entra dans le salon.
Irina Valentinovna, sa belle-mère, était installée tranquillement sur le canapé.
— Bonsoir, Rita.
Margarita posa son sac.
— Vous êtes entrée comment ?
Irina haussa les épaules.
— Andreï m’a donné une clé il y a longtemps.
Ce n’était pas la première fois.
Irina venait sans prévenir, ouvrait les placards, déplaçait des objets et expliquait ensuite à Margarita comment elle devait tenir son propre appartement.
— Vous auriez pu appeler.
— Je dois demander la permission pour venir voir mon fils ?
— Andreï n’est pas là.
— Il rentrera.
Margarita inspira profondément.
Elle ne voulait pas se disputer.
Mais Irina commença presque immédiatement.
Elle regarda autour d’elle.
— Ce salon est toujours aussi froid.
Puis elle entra dans la cuisine.
Elle ouvrit le réfrigérateur.
— C’est ce que tu as préparé pour Andreï ?
— Il y a un dîner prêt.
Irina fit une grimace.
— J’appelle difficilement ça un vrai repas.
Margarita referma doucement la porte du réfrigérateur.
— Irina Valentinovna, ça suffit.
— Tu es toujours trop susceptible.
Puis sa belle-mère regarda une photographie posée sur une étagère.
On y voyait les parents de Margarita.
Irina sourit avec mépris.
— Enfin, je suppose qu’on ne peut pas attendre grand-chose d’autre.
Margarita releva les yeux.
— Qu’est-ce que vous voulez dire ?
— Ta famille ne t’a jamais appris comment une épouse doit se comporter.
— Ne parlez pas de mes parents.
Irina continua.
— Ta mère a toujours été pareille. Et ton père…
Margarita leva calmement la main.
— Stop.
Irina se figea.
Habituellement, Margarita criait.
Irina criait plus fort.
Puis elle appelait immédiatement Andreï et lui racontait une version dans laquelle elle était toujours la victime.
Cette fois, Margarita resta parfaitement calme.
— Si vous voulez être ici, vous devez me respecter, moi et ma famille. Sinon, la porte est ouverte.
Irina eut un rire incrédule.
— Tu me mets dehors ?
— Je vous donne un choix.
— C’est aussi la maison de mon fils.
— Oui. Et c’est aussi la mienne.
Margarita sortit son téléphone.
Elle ouvrit la minuterie.
00:30.
Elle appuya sur démarrer.
Irina regarda l’écran.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Margarita posa le téléphone sur la table.
— Vous avez trente secondes pour partir.
Irina resta bouche bée.
— Tu as perdu la tête ?
Vingt-cinq secondes.
— Non.
— Quand Andreï saura comment tu m’as traitée…
Vingt secondes.
— Appelez-le.
Irina prit son sac.
— Tu vas le regretter.
Quinze secondes.
Elle attrapa son manteau.
— Mon fils saura qui tu es vraiment.
Margarita désigna calmement la porte.
Dix secondes.
Irina sortit.
La porte se referma.
Margarita arrêta le compte à rebours.
Quelques instants plus tard, elle entendit la voix de sa belle-mère dans le couloir.
Irina avait déjà appelé Andreï.
— Andreï, tu ne vas jamais croire ce que ta femme vient de me faire…
Exactement ce que Margarita avait prévu.
Irina raconta qu’elle était simplement venue voir son fils.
Que Margarita avait commencé à l’agresser sans raison.
Qu’elle l’avait humiliée.
Et qu’elle avait même lancé une minuterie pour la chasser.
Mais elle oublia plusieurs détails.
Qu’elle était entrée sans prévenir.
Qu’elle avait critiqué l’appartement.
Qu’elle avait jugé le repas.
Et surtout qu’elle avait insulté les parents de Margarita.
Quinze minutes plus tard, le téléphone de Rita sonna.
Andreï.
Elle répondit.
— Oui.
— Rita, qu’est-ce qui s’est passé ?
Son ton était calme.
Mais Margarita connaissait cette question.
Elle l’avait entendue trop souvent.
D’abord Andreï écoutait sa mère.
Puis il appelait Margarita.
Et parfois, avant même qu’elle parle, il avait déjà choisi qui croire.
— Qu’est-ce qu’elle t’a raconté ? demanda Margarita.
— Que tu l’as mise dehors et que tu lui as donné trente secondes.
— Cette partie est vraie.
Silence.
— Pourquoi ?
Margarita s’assit.
Puis répondit calmement :
— Cette fois, écoute toute l’histoire avant de décider qui tu veux défendre.
Andreï ne répondit pas immédiatement.
Puis :
— Je t’écoute.
Margarita lui raconta tout.
L’entrée sans prévenir.
Les critiques.
Le réfrigérateur.
Le dîner.
Et les paroles sur ses parents.
Quand elle termina, Andreï resta silencieux plusieurs secondes.
— Elle a vraiment parlé comme ça de tes parents ?
— Oui.
— Elle ne m’a pas dit ça.
Margarita eut un sourire triste.
— Elle ne te raconte jamais cette partie.
Andreï ne répondit pas.
— Andreï, ce problème n’a pas commencé aujourd’hui.
— Je sais.
— Non. Je ne crois pas que tu le saches vraiment.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce qu’à chaque dispute, ta mère t’appelle la première. Et quand tu me téléphones, tu as déjà entendu une histoire entière dans laquelle je suis forcément coupable.
Andreï inspira profondément.
— Ce n’est pas toujours comme ça.
— Mais ça l’a été assez souvent.
Silence.
Margarita poursuivit :
— Je ne te demande pas de choisir entre ta mère et moi.
— Alors qu’est-ce que tu veux ?
— Des limites.
Elle marqua une pause.
— Personne n’entre chez nous sans prévenir. Personne n’insulte ma famille dans notre appartement. Et si un conflit éclate, tu écoutes les deux versions avant de juger.
Andreï resta silencieux.
Puis il demanda :
— Elle a toujours la clé ?
— Oui.
Nouveau silence.
— Je pensais qu’elle ne l’utilisait qu’en cas d’urgence.
— Maintenant tu sais.
Lorsque Andreï rentra le soir, ils parlèrent longtemps.
Pour une fois, il ne commença pas par expliquer pourquoi sa mère avait sûrement « mal formulé » ses paroles.
Il écouta.
Le lendemain, il appela Irina.
— Maman, il faut que tu me rendes la clé.
— C’est elle qui t’oblige à faire ça ?
— Non.
— Alors pourquoi ?
— Parce que j’aurais dû mettre cette limite plus tôt.
Irina s’emporta immédiatement.
— Après tout ce que j’ai fait pour toi !
— Tu peux venir nous voir.
Andreï resta calme.
— Mais tu appelles avant. Et quand tu viens, tu respectes Rita et sa famille.
— Donc tu prends son parti ?
Andreï resta silencieux quelques secondes.
— Non.
Puis il ajouta :
— J’essaie enfin de ne plus prendre parti avant d’avoir entendu toute l’histoire.
Irina raccrocha furieuse.
Tout ne s’arrangea pas en une journée.
Les tensions continuèrent.
Mais quelque chose changea réellement.
Irina ne rentra plus dans l’appartement sans prévenir.
Et Andreï commença à faire ce que Margarita lui demandait depuis longtemps :
écouter avant de juger.
Ce jour-là, lorsqu’il avait appelé en demandant :
« Rita, qu’est-ce qui s’est passé ? »
Margarita avait répondu :
« Cette fois, écoute toute l’histoire avant de décider qui tu veux défendre. »
Et le silence d’Andreï au bout du fil n’était pas un manque de réponse.
C’était le moment précis où il commençait enfin à se demander combien de disputes de son mariage il avait jugées après n’avoir entendu qu’une seule version de l’histoire.