Je m’appelle Benoît, j’ai 38 ans. Je suis menuisier à Annecy. Ma tante Odile, la sœur de ma mère, était une femme riche et un peu excentrique. Elle n’avait pas d’enfants. Nous étions trois neveux : mes deux cousins, Arnaud et Charles, et moi.
Les étés au chalet
Arnaud et Charles venaient voir Odile à Paris à Noël, en costume, avec des chocolats de luxe. Moi, quand j’étais petit, je passais tous mes étés avec elle dans son vieux chalet, au-dessus d’un village de la vallée de Chamonix. On construisait des cabanes. On cueillait des myrtilles. Le soir, je cachais mes « trésors » derrière la troisième pierre de la cheminée, qui bougeait : des cailloux brillants, des plumes, une pièce de cinq francs.
Plus tard, la vie a passé. Odile est restée à Paris. Le chalet a été abandonné. Mais je lui écrivais chaque mois, et je l’appelais le dimanche.
Le testament
Odile est partie l’an dernier, à 91 ans. Au testament, Arnaud et Charles ont hérité de ses trois appartements dans le 16e arrondissement. Moi, du chalet. À moitié en ruine, plus d’électricité depuis trente ans, un toit qui fuyait. Arnaud a ri : « Bonne chance avec les souris, Benoît ! »
Mais il y avait une phrase pour moi, à la fin du testament. Une seule. « Commence par la cheminée. Comme quand tu cachais tes trésors. »
La carte
Je suis monté au chalet un samedi de mai. J’ai retiré la troisième pierre de la cheminée, comme à huit ans. Derrière, il y avait une boîte en fer rouillée. Dedans, une lettre, et une vieille carte dessinée à la main de toute la propriété, avec une croix rouge à côté du grand mélèze, au bout du pré.
La lettre disait : « Mon petit Benoît, les appartements, c’est de l’argent. Ce chalet, c’est ta cabane. Sous le mélèze, il y a ce que ton grand-oncle a caché pendant la guerre, et que personne n’a jamais su. Je l’ai gardé pour quelqu’un qui reviendrait ici pour les bonnes raisons. »
J’ai creusé sous le mélèze. À un mètre de profondeur, une caisse en bois étanche, enveloppée de toile cirée. Dedans, une collection de pièces d’or du XIXe siècle, que mon grand-oncle avait cachée en 1942 pour qu’elle ne soit pas réquisitionnée. Et une autre lettre : « À utiliser pour rendre ce chalet vivant. »
Après
Quand Arnaud et Charles l’ont appris, ils ont proposé de me racheter le chalet. Le double du prix. J’ai refusé.
J’ai passé deux ans à rénover le chalet de mes mains, avec le bois des mélèzes du pré. Aujourd’hui, il accueille l’été des enfants de foyers de la région, pour des vacances à la montagne. Ils construisent des cabanes. Ils cueillent des myrtilles. Et le soir, ils cachent leurs trésors derrière la troisième pierre de la cheminée.
Cette histoire est une œuvre de fiction inspirée de la vie réelle. Les images sont des illustrations générées par l’IA.