Pendant cinq ans, un client anonyme m’a commandé des santons. Chaque année, de nouveaux personnages : un boulanger, un instituteur, une fontaine. Je croyais qu’il était collectionneur. Puis il m’a demandé le dernier santon : un petit garçon et sa mère…

Quarante-deux santons

Je m’appelle Frédéric, santonnier à Aubagne. Pendant cinq ans, Marius Reynaud, un ancien instituteur de 81 ans, m’a commandé des santons d’après de vieilles photos : un forgeron, une épicière, un curé à vélo, un lavoir, une église. Le dernier représentait un petit garçon de neuf ans tenant la main de sa mère. C’était lui, en 1949.

Ce village, c’était l’ancien Savines, dans les Hautes-Alpes, englouti en 1961 par la mise en eau du lac de Serre-Ponçon. Les habitants avaient été relogés dans un village neuf, plus haut. L’ancien avait disparu sous l’eau, avec ses maisons, ses rues, sa fontaine.

Un village reconstruit dans un salon

Quand je suis arrivé chez lui, à Gémenos, j’ai découvert sur une grande table son village entier, reconstruit en carton, en pierres et en mousse, avec les rues exactes, les jardins et, à chaque porte, mes santons. Il avait passé cinq ans à le refaire de mémoire, aidé par un vieux cadastre.

Sa mère était morte quand il avait vingt ans, juste avant le départ du village. Il m’a dit : « Je ne pouvais pas les laisser au fond de l’eau. Il fallait qu’ils aient de nouveau leur place quelque part. »

Ceux qui se souvenaient

Je lui ai demandé si d’autres anciens habitants étaient encore vivants. Il n’en savait rien. Avec mon fils, nous avons contacté la mairie de Savines-le-Lac et l’association des anciens du village. Il restait onze personnes nées dans l’ancien Savines, toutes âgées de plus de quatre-vingts ans. Certaines se reconnaissaient sur les photos de Marius : la fille de l’épicière, le fils du forgeron.

Marius a accepté de prêter sa crèche pour Noël. La mairie a mis une salle à disposition, face au lac.

Noël au bord du lac

Le 20 décembre, nous avons installé le village dans la salle communale de Savines-le-Lac. Les onze anciens sont venus, avec leurs familles. La fille de l’épicière, 88 ans, a pleuré devant le santon de sa mère. Le fils du forgeron a montré à ses arrière-petits-enfants l’endroit exact où il jouait aux billes. Marius, lui, ne quittait pas des yeux le petit garçon et sa maman.

Depuis, l’ancien village est exposé chaque Noël au bord du lac, et des centaines de visiteurs viennent le voir. Marius m’a commandé un dernier santon cette année : le santonnier, avec son tablier. « Tu fais partie du village, maintenant », m’a-t-il dit.

Cette histoire est une œuvre de fiction inspirée de la vie réelle. Les images sont des illustrations générées par l’IA.

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