Pour mes 60 ans, j’avais préparé un repas pour mes six enfants. Aucun n’est venu. Pas un appel. À 21 heures, un gendarme a frappé à ma porte. « C’est de la part de votre fils. Lisez-le TOUT DE SUITE, madame », m’a-t-il dit en me tendant un papier plié…

Six couverts

Je m’appelle Annick Le Bihan, j’habite Douarnenez, et le 12 octobre, j’ai eu soixante ans. J’ai six enfants, tous adultes, éparpillés entre Brest, Rennes et Nantes. Depuis la mort de mon mari Loïc, il y a trois ans, la maison est bien silencieuse. Pour mon anniversaire, j’avais mis six couverts et fait un far. Personne n’est venu. Six téléphones éteints. À dix-neuf heures, j’ai rangé les assiettes et je me suis assise dans le noir.

Le gendarme

À vingt et une heures, on a frappé. Un gendarme, képi à la main. J’ai cru que mon cœur allait s’arrêter. « C’est de la part de votre fils Erwan. Lisez tout de suite, et prenez un manteau. » Erwan est gendarme à Quimper. Le mot disait : « Maman, ne pose pas de questions. Suis Yann, c’est mon collègue. On t’attend. Tes six vauriens. »

Yann m’a fait monter dans sa voiture. Il souriait sans rien dire. Nous sommes descendus vers le port du Rosmeur.

Le Annick

Sur le quai, il y avait des dizaines de lanternes allumées. Et au milieu, amarré, le vieux bateau de Loïc. Son petit caseyeur bleu, celui qu’il avait baptisé de mon prénom quand nous nous sommes mariés. Après sa mort, il pourrissait dans un hangar. Je n’avais jamais eu le courage d’y retourner.

Pendant huit mois, en secret, mes six enfants l’avaient restauré. Chaque week-end, à tour de rôle. Ce jour-là, ils devaient le remettre à l’eau à midi, pour me l’offrir à table. Mais la grue du port était tombée en panne. Ils avaient passé la journée à attendre une pièce de Brest, les mains dans le cambouis, les téléphones coupés pour ne pas risquer de vendre la mèche. Quand le bateau a enfin flotté, il était vingt heures passées. Erwan avait demandé à Yann d’aller me chercher.

À la barre

Ils étaient tous là, sur le pont, avec mes neuf petits-enfants et la moitié du quartier. Le nom avait été repeint à la main, en lettres blanches : « Annick ». Ma fille aînée, Gwen, m’a dit : « Papa voulait le réparer pour tes soixante ans. Il en parlait tout le temps. On a juste fini son travail. »

Ils m’ont installée à la barre. Erwan a lancé le moteur, celui-là même que Loïc bricolait le dimanche. Nous avons fait le tour de la baie sous la lune, avec les lanternes qui dansaient sur l’eau. J’ai pleuré tout le long, mais pas comme à dix-neuf heures.

Le far, nous l’avons mangé à minuit, sur le pont. Yann le gendarme en a repris deux fois. Depuis, le premier dimanche de chaque mois, l’un de mes enfants vient sortir le bateau avec moi. Ils ont fait un planning. Il est aimanté sur mon frigo.

Cette histoire est une œuvre de fiction inspirée de la vie réelle. Les images sont des illustrations générées par l’IA.

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