Depuis trente ans, un vieil homme laissait un thermos de café chaud sur sa boîte aux lettres, au bord de la route 117, pour les camionneurs. Un matin d’hiver, le thermos n’était pas là…

Le kilomètre 312

Je m’appelle Nathalie, je suis camionneuse depuis dix-huit ans. Sur la route 117, au cœur de la réserve La Vérendrye, un thermos de café attendait les chauffeurs chaque matin sur une boîte aux lettres. Personne n’avait jamais vu celui qui le préparait. Un matin de janvier, il manquait. J’ai frappé à la porte et j’ai trouvé monsieur Lionel Turcotte, 81 ans, au sol, victime d’un malaise.

Pendant que j’attendais les secours en le gardant au chaud, j’ai vu au mur une photo d’un camion Kenworth de 1989 et d’un jeune chauffeur souriant. C’était mon père.

La nuit de 1989

À l’hôpital de Val-d’Or, une fois réveillé, Lionel m’a raconté. En février 1989, sa femme Ginette avait eu une hémorragie dans la maison isolée. Leur voiture ne démarrait pas, il n’y avait pas de téléphone. Il était sorti sur la route en pleine tempête. Un seul camion s’était arrêté. Le chauffeur avait installé Ginette dans sa cabine et roulé jusqu’à l’hôpital. Ce chauffeur, c’était mon père, Gilles, mort il y a six ans.

Ginette avait survécu. Ils avaient vécu ensemble vingt-sept ans de plus. Lionel n’avait jamais su le nom du chauffeur. Pour le remercier, il avait décidé de faire du café pour tous les camionneurs, en se disant qu’un jour, peut-être, ce serait lui qui le boirait.

Le café de mon père

Je lui ai montré une photo de mon père sur mon téléphone. Il l’a regardée longtemps et il a pleuré. Mon père m’avait raconté cette nuit-là, une fois, quand j’étais petite, sans grand détail. Il disait juste : « Une fois, j’ai conduit vite pour la bonne raison. » Et pendant des années, sans le savoir, il avait sûrement bu le café de Lionel.

Le soir même, j’ai raconté l’histoire sur la radio CB et sur le groupe des camionneurs de l’Abitibi.

Le convoi

Quand Lionel est rentré chez lui, deux semaines plus tard, il y avait quarante-deux camions arrêtés le long de la route 117, phares allumés, qui l’ont salué d’un long coup de klaxon. Les gars avaient réparé son toit, rempli son hangar de bois de chauffage et installé un téléphone satellite.

Depuis, ce sont les camionneurs qui préparent le café : chaque matin, l’un d’eux s’arrête au kilomètre 312, boit un café avec Lionel et vérifie que tout va bien. Sur sa boîte aux lettres, un nouveau mot est collé : « Pour Lionel. De la part de la route. »

Cette histoire est une œuvre de fiction inspirée de la vie réelle. Les images sont des illustrations générées par l’IA.

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