Depuis l’enfance, Lucas rêvait d’avoir un piano. Mais dans le petit appartement où il avait grandi avec sa mère, il n’y avait ni la place, ni l’argent.
À 24 ans, il apprenait seul, sur un clavier électronique posé sur son lit.
Le vide-grenier
Un dimanche de septembre, dans un vide-grenier près de Tours, il le vit. Un vieux piano droit en bois sombre, abîmé, couvert de poussière, coincé entre une armoire et une pile de vaisselle.
— 50 euros et il est à vous, dit le vendeur. Je débarrasse la maison d’une vieille dame décédée. Personne n’en veut.
Lucas appela deux amis. Il leur fallut deux heures et beaucoup de rires pour le monter au troisième étage.
La touche bloquée
Le soir même, il s’aperçut qu’une touche restait enfoncée. Il souleva le couvercle supérieur pour regarder à l’intérieur.
Coincée contre le bois, il y avait une feuille pliée en quatre. Une partition jaunie, entièrement écrite à la main, avec des notes fines et soignées.
En haut, un titre : « Valse pour Henri ».
En bas, une signature : Simone Marchand, 1958.
Lucas s’assit d’un coup sur le tabouret. Simone Marchand. C’était le nom de jeune fille de sa grand-mère.
Le secret de Simone
Le lendemain, il alla voir sa grand-mère à la maison de retraite. Simone avait 89 ans. Elle ne parlait presque plus de son passé.
Lucas posa doucement la partition sur ses genoux.
Elle la regarda longtemps. Puis ses mains se mirent à trembler.
— Où as-tu trouvé ça ?
Elle raconta enfin. Jeune, elle jouait du piano chez une professeure du quartier. Elle avait composé cette valse pour Henri, le grand-père de Lucas, l’année de leur rencontre. Mais quand ils s’étaient mariés, il avait fallu travailler. Elle n’avait plus jamais touché un piano. Elle avait laissé la partition chez sa professeure… dont la maison venait justement d’être vidée.
— Je pensais que cette musique avait disparu avec moi, murmura-t-elle.
Les 90 ans
Pendant quatre mois, Lucas travailla la valse chaque soir.
Le jour des 90 ans de Simone, toute la famille était réunie dans la salle commune de la maison de retraite. Lucas avait fait livrer le vieux piano, réparé et accordé.
Il s’assit et joua « Valse pour Henri ».
Simone ferma les yeux. Au deuxième couplet, elle se mit à fredonner. À la fin, personne dans la salle n’avait les yeux secs.
— Ton grand-père l’a entendue une seule fois, dit-elle à Lucas. Aujourd’hui, c’est comme s’il l’entendait encore.
Parfois, les objets que personne ne veut gardent les plus belles histoires.
Cette histoire est une fiction inspirée de la vie réelle. Les images sont des illustrations générées par IA.